Archives de Catégorie: Humeur

La maladie sur le net

Ça fait déjà quelques temps que c’est arrivé, en fait au début de 2012. Ça m’avait quand même un peu choquée sur le coup, mais seulement maintenant, j’ai envie d’en parler. Grâce au blog d’une dessinatrice que je suis depuis plusieurs années, j’étais devenue une adepte du blog gligli et moi. Un site touchant et rempli de joie de vivre de Mélodie, une jeune femme exactement de mon âge atteinte d’un cancer cérébral. Très exactement d’un glioblastome (d’où le nom du blog). Mélodie avait beaucoup d’humour et une volonté de vivre exceptionnelle, bien qu’elle se savait condamnée. Peu importe ce qui se passait dans sa vie, elle y voyait toujours le bon côté. Mais voilà, après un message très positif en janvier 2012 où elle revenait d’un test médical encourageant, elle ne donnait plus de nouvelles. Et finalement, en mars, on apprend sa mort, son cancer ayant crû d’une manière fulgurante. J’ai été très triste d’apprendre cette nouvelle; chaque décès est un drame et lui, évidemment, ne fait pas exception. Mais je m’étais attachée à elle et, selon ce qu’on peut lire dans les commentaires suivant l’annonce de son décès, je n’étais pas la seule. Même si très peu d’entre nous l’avait rencontrée.

Après le choc, j’ai soudainement pris  conscience d’un nouveau type de possibilités qu’Internet pouvait offrir. Mélodie utilisait ce blog pour raconter ses angoisses liées à la maladie, des anecdotes, des moments heureux, ou juste des petites choses du quotidien. Pour elle, c’était libérateur et elle espérait que ce soit une source d’information pour nous, son public. Mais son blog est devenu plus que ça. C’est un véritable raz-de-marée de sympathie, d’encouragement, d’amitié, de support qu’elle a reçu grâce à cela. Certains de ses lecteurs l’ont même aidée à réaliser des rêves qu’elle avait énumérés dans sa liste « à faire avant de mourir ».

Mélodie vue par la dessinatrice Laurel. © Laurel (bloglaurel.com)

Et ça peut même aller plus loin que ça. Benoît Bisson, atteint d’un cancer des reins, avait lui aussi son blog où il témoignait de son combat. Il est malheureusement décédé le 3 avril 2013, mais toujours aujourd’hui, sa conjointe Isabelle utilise le même blog pour témoigner de l’après. D’autres épreuves, d’autres deuils et d’autres moments de la vie dont il faut profiter. Elle parle de cancer, de médecine, mais aussi de droit des patients. Un autre point de vue très intéressant.

Intéressée par ce phénomène, je me suis mis à découvrir ainsi des blogs de gens aux prises avec une maladie grave. La plupart ont tous un point en commun : ils voient la vie sous un jour beaucoup plus positif que la majorité d’entre nous! Ce n’est jamais déprimant, jamais englué dans le pathos ce qui n’empêche pas des moments d’inquiétude et de désespoir toujours très justifiés. C’est quand même toute une épreuve qu’ils vivent et personne n’est Superman. Mais la plupart du temps ils restent toujours accroché aux petites joies et surtout, remplis d’espoir et d’amour pour la vie et ils réussissent souvent à nous émouvoir. Ces personnes ont toujours une magnifique plume et sont tellement agréables à lire. Ça fait du bien, même quand on est santé. Et surtout, on comprend la maladie et ce que ça implique dans les moindres petits détails.

En tout cas, c’est ce que je ressens en parcourant ces sites.

On peut maintenant exprimer son combat. On peut le partager avec le monde entier et trouver de l’aide et du support inespéré. On peut faire sortir la souffrance de notre esprit qu’elle parasite… Et je sais par expérience que c’est souvent beaucoup facile de le faire par écrit que par la parole. On peut aussi par la même occasion faire du bien à des personnes aux prises avec la même maladie en donnant des conseils ou tout simplement en leur disant : « Tu n’es pas seul ». Et ça, c’est un pouvoir d’Internet qu’on ne peut pas négliger.

Quelques liens que j’ai découvert :

Blogue c-lavie: http://blogue.c-lavie.com/

Soleil en tête: http://soleilentete.canalblog.com/

Fight like Maude : http://fightlikemaude.com/

Chroniques d’une condamnée : http://essieudevelours.canalblog.com/ (un peu plus sombre que les autres et qui verse un peu dans l’humour noir)

Pour Mélodie… :

(Merci à V.C. pour la musique)

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Le bon vieux temps…

Je suis foncièrement nostalgique et jusqu’à dernièrement, je croyais que c’était un défaut. J’étais persuadée que ce n’est pas une bonne chose de rester dans le passé, qu’il fallait regarder vers l’avant! Mais je n’y peux rien, j’aime repenser au passé. Je suis nostalgique de la vie avant que l’informatique ne prenne toute la place, mais aussi de ce qui faisait partie de notre culture. J’ai la nostalgie de ces moments, des émissions jeunesses qu’on avait, de la musique tellement meilleure, de la vie qui semblait bien moins compliquée… C’est simple, tout était meilleur dans le bon vieux temps! Il y avait la guerre du golfe, une crise en URSS, une récession, mais on s’en fiche: c’était meilleur! En tout cas, c’est l’impression qu’on a n’est-ce pas ? Car, je ne suis pas la seule à penser ainsi, même que c’est la mode. Le web, entre autres, semble être un nid de nostalgiques chroniques comme moi.

On voit apparaître un peu partout la « nostalgie médiatique », c’est-à-dire un retour à ce qui était dans nos télés, nos postes de radio et sur les grands écrans il y a quelques décénies.

Le Joueur du Grenier, une vedette du Retro-Gaming en France.

Il y a tout d’abord le Retro-Gaming, critiquer les anciens jeux vidéos (la plupart du temps mauvais) de l’Atari 2600 au premier Playstation. On en trouve pratiquement partout sur le web. Tout le monde semble vouloir ressortir son vieux Nintendo et sa collections de cassetttes.  Il y a ensuite la renaissances d’anciennes franchises de télé ou de cinéma. Les exemples abondent, mais les derniers sont la suite des Mystérieuses Cités d’Or et de Dallas. La présence de chaînes comme Télétoon Rétro et Prise 2 parle aussi beaucoup. Il y a aussi les reprises musicales qui sont de plus en plus nombreuses. Il y a même une catégorie « reprises » au gala de l’ADISQ maintenant, ce n’est pas rien! Encore ici, les exemple sont très nombreux et ils commencent avec l’album de reprises 70’s de Sylvain Cossette. Cette épidémie de nostalgie n’est pas le cas de tout le monde, évidemment. Comme c’est un phénomène très présent sur le Net, on a toutefois l’impression qu’il prend énormément de place.

Bref, on commence de plus en plus jeune à dire « c’était mieux dans mon temps ». Le bon vieux temps, maintenant, ce sont les années 80. Et je trouve que ça suscite la réflexion.

Car, on ne parle pas seulement de réécouter des films ou de la musique passée, ce qui est tout à fait normal (il faut connaître ses classiques, après tout). Le discours est clair et  maintenant tenu par les jeunes autour de 30 ans: c’était mieux avant. On critique des choses sorties il y a plus de 25 ans, on s’habille comme dans les années 60, on rechante plus que de raison des chansons que nos parents et nous-même plus jeunes écoutions…

En soi, il n’y aucun problème, mais si ça devient un phénomène de société, il y a de quoi se poser des questions… Je me demande si ça ne traduit pas une certaine fatigue de notre époque. On dit souvent que nous vivons dans une ère de stress et de performance. Est-ce que se remettre dans le bain des années passées est une manière de se réconforter? Je me demande si il n’y a pas un rejet de certains aspects de notre époque, un découragement. Doit-on y voir un signe que notre époque n’offre rien d’encourageant et qu’on a perdu le goût de regarder vers l’avenir? Une autre questions plus inquiétante se pose aussi: avons-nous si peu confiance en ce que nous sommes capable d’accomplir que nous devons sans cesse nous reposer sur des choses qui existent déjà?

Aussi, je suis la première à trouver que tout est allé très vite ces dernières années technologiquement et culturellement; certains d’entre nous ont peut-être besoin de se centrer sur quelque chose de connu pour absorber tout cela ce qui n’est pas une mauvaise chose si ça nous permet de mieux avancer.

Pour les vrais nostalgiques, on peut même couvrir son iPod ou iPhone d’un étui à motif de manette de NES ou de cassette audio.

Je me pose des questions, mais je n’ai pas les réponses. Un sociologue y verrait sans doute plus clair que moi et me dirait que j’invente des problèmes où il n’y en pas.

N’oublions pas, je suis moi-même une nostalgique maladive et je serai sans faute devant mon écran à regarder la nouvelles mouture des Cités d’Or. Par contre, je reste malgré tout réaliste. C’est triste, mais on ne peut pas revenir en arrière. Rien ne nous empêche de faire découvrir à nos enfants nos perles du passé en plus de ce qu’ils connaissent déjà. Mais j’espère en même temps que des éléments culturels tout à fait originaux et d’une grande qualité feront partie des années 2010 pour que la prochaine génération puisse dire à son tour dans quelques décénies: «comme c’était bien dans notre bon vieux temps!»

Les sciences et les jeunes: la suite

Un article dans La Presse a attiré mon attention. On y apprend que les jeunes se seraient désintéressés des sciences.

Dans ce billet à propos du 30e anniversaire des Débrouillards, je souhaitais que les jeunes continuent d’avoir de l’intérêt pour les sciences pour toutes sortes de raisons. Il semblerait que ce ne soit pas le cas et c’est bien dommage. Dans l’article, on mentionne un autre aspect que je n’avais pas souligné : «Au Québec, le secteur des sciences naturelles et appliquées est celui qui connaîtra d’ici 2018 la plus forte croissance d’emploi.» Une autre très bonne raison de s’inquiéter de la situation!

L’article: Désintérêt des jeunes pour les sciences: les commissions scolaires inquiètes

On mentionne dans cet article que les enseignants ne seraient pas à l’aise dans l’enseignement des sciences. Ça ne devrait pas être le cas. Je me demande si ce problème ne vient pas tout simplement de la formation des enseignant.

Il me vient tout d’un coup un souvenir. J’ai eu pendant mon baccalauréat en enseignement un professeur de didactique des sciences tout à fait formidable: Marcel Thouin. Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais à moi et certains de mes collègues, il nous a vraiment donné le goût d’enseigner les sciences. Il nous montrait une façon de le faire claire et efficace (partir des conceptions de départ que les élèves ont des phénomènes scientifiques) tout en nous proposant des activités vraiment intéressantes et simples. Sans compter ses livres qui sont une vraie mine d’or! Mais le plus important, c’est qu’il nous a aussi fait comprendre les concepts plus compliqués et nous a donné l’envie de nous intéresser aux sciences. Je souhaiterais que tous les enseignants aient pu l’avoir lors de leur formation. Car il nous a montré que ces notions avaient tout à fait leur place dans le cursus scolaire aux côtés du français et des mathématiques.

Il faut des profs intéressés pour que les élèves le soient. Cela va de soi!

Une entrevue avec M. Thouin à l’Actualité datant de quelques années, mais toujours pertinente. On y fait le lien entre l’enseignement des sciences et le décrochage scolaire des garçons: Ne tuez pas Einstein!  Une autre raison de s’inquiéter de ce désintérêt?

ne rien faire

Dany Laferrière présente ces temps-ci son nouvel ouvrage: L’art presque perdu de ne rien faire. Sur le site de Radio-Canada, on peut lire un article qui présente le livre:

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2011/11/04/001-dany-laferriere-art-presque-perdu-rien-faire.shtml

C’est un assemblage de plusieurs chroniques qui proposent des réflexions sur toutes sortes de sujets: l’enfance, la mort, le voyage, l’amour et des sujets d’actualité, entre autres. Je n’ai pas encore lu ce livre qui n’est sorti que vendredi dernier, mais je vais sans aucun doute y jeter un œil. J’aime bien Dany Laferrière et le titre de ce bouquin m’a séduite. On dirait un éloge à la réflexion libre de toute contrainte. Une citation dans l’article a particulièrement attiré mon attention:

« L’enjeu de ce livre pour moi, c’est de dire vraiment aux gens que de penser, c’est excitant, c’est amusant. Réfléchir, c’est vraiment un sport, c’est quelque chose d’extrêmement agréable et en même temps, ça nous libère de la bêtise quotidienne. »

Ça me rappelle une anecdote personnelle. J’avais un long voyage en autobus à faire; les piles de mon iPod étaient épuisées et celles de mon cellulaire l’étaient presque, m’empêchant de jouer à des jeux. J’ajoute que je suis incapable de lire ou d’écrire dans un véhicule sans avoir la nausée. Je n’étais pas très enchantée à l’idée de faire une heure d’autobus sans aucune distraction. J’avais pris l’habitude, depuis un bon bout de temps d’avoir l’esprit toujours occupé lors de mes voyages en transport en commun. Quel itinéraire ennuyant en perspective!
Je me suis donc assise près de la fenêtre et je me suis mise à observer. Observer les gens qui passaient, les voitures qu’on croisaient, les maisons particulièrement cossues du quartier que l’autobus traverse. « Tiens, elle, est à vendre… je me demande combien de millions elle coûte. L’architecture est vraiment étrange; je me demande ça date de quelle époque… Tiens, la piste cyclable a été refaite. Je devrais me remettre au vélo… Je me demande il y a combien d’étudiants qui viennent en vélo à l’université. Est-ce qu’il y en a qui y viennent à l’année?  » Toutes ces questions que je ne me serais jamais posées avec du Beatles dans les oreilles ou en fixant l’écran de mon téléphone. Mes réflexions ont dérivé à un point tel que je ne me souviens vraiment plus à quoi j’ai pensé en détails. Un peu comme quand on oublie nos rêves. Et c’est sans doute mieux ainsi. Ça m’a tellement fait du bien de seulement réfléchir pour rien, sans avoir un but précis, seulement pour le plaisir de faire des liens parfois improbables entre des petits détails. Le trajet n’a pas été aussi long que je l’avais appréhendé et je me suis sentie presque reposée en arrivant à la maison.
J’ai pensé à ceci: nous sollicitons tellement notre cerveau à toutes sortes de tâches, je me demande si nous le fatiguons pas un peu. Mais bon, ce n’est qu’une réflexion que je lance comme ça… Elle m’avait furtivement traversé l’esprit, sans prévenir!

Je vous propose aussi un vidéo où l’auteur présente son livre.