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Suggestions de BD à (re)découvrir

Pour éclairer la grisaille de janvier, voici quelques suggestions de BD qui ont eu des beaux jours il y a quelques années, mais dont on n’entend plus parler dans le grand public.  Si vous croisez l’une d’entre elle, ça vaut la peine de regarder! Ce sont tous des albums et des séries que j’avais beaucoup aimés quand j’étais plus jeune, donc qui datent de la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000. Il y a énormément de séries excellentes qui ont disparues de cette époque, aussi je n’en mentionne ici que quelques unes. Difficiles à trouver en librairies, il est tout à fait possible de les dénicher en bibliothèque ou dans les librairies de seconde main. Toutes ceci a été publié dans le journal de Spirou qui est tout public, donc elles restent assez sages et peuvent être mises dans à peu près toutes les mains.

Jimmy Tousseul Desorgher et DesbergAlice et Léopold Wozniak et Lapière

© Wozniak & Lapierre/Dupuis

© Wozniak & Lapière/Dupuis

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©Desorgher & Derberg/Glénat

L’Afrique au temps des colonies. En tant que petite Nord-Américaine, je ne connaissais pratiquement rien de la colonisation européenne en Afrique. En fait soyons honnête, à part Tintin au Congo, je ne connaissais rien du tout. Alors j’étais fascinée par ces deux séries qui avaient toutes les deux ce cadre et j’en ai appris des choses en les lisant, même si je ne comprenais pas toujours. Aussi, les deux BD abordent le sujet très différemment.

Alice et Léopold suit une famille dans les années 1920 qui possède un plantation de cacao en Afrique. Alice et Léopold sont deux cousins jeunes adolescents témoins avec un peu de candeur des événements très humains et parfois dramatiques qui secouent la petite communauté.

Jimmy Tousseul, en revanche, se déroule dans les années 1960, années de grands bouleversements sur ce continent. On suit alors Jimmy qui est passionné par l’Afrique et qui s’y rend tout d’abord pour retrouver les trace de ses parents. Mais sa passion pour le continent grandit de plus en plus au fur et mesure qu’il la découvre. L’Afrique de Jimmy Tousseul en est une de charmes et de mystères avec des paysages magnifiques mis en valeur. Et il y a un lion domestique. J’ai commencé à aimer cette série à sept-huit ans à cause de ça (il était vraiment cool le lion) et j’ai finalement vu qu’elle avait beaucoup plus à offrir.

Dans les deux cas, on est loin de la superficialité et l’Afrique y est beaucoup mieux dépeinte que dans Tintin au Congo, ça c’est certain!

Chasseurs d’étoiles Wosniak et Yann

©Wozniak & Yann/Dupuis

©Wozniak & Yann/Dupuis

Il s’agit d’une collection pas mauvaise, mais je vous suggère fortement le premier tome, Zoïa, qui se lit très bien en lui-même et qui a été pour moi un coup de cœur. On parle ici d’un sujet très peu exploré dans la fiction en général, les chasseurs de météorites. Zoïa parcours seule le désert de Gobi à la recherche d’une météorite légendaire dans un but très personnel. Elle croise sur son chemin Bu-He, un nomade Ouïgour qui l’aide dans son voyage et Robert Maag, un riche américain qui parcours aussi le désert à la recherche de la même météorite, mais en Hummer. Cet album n’est pas parfait, mais je ne sais pas pourquoi, il m’a vraiment accrochée. La quête pleine d’espoir de Zoïa est touchante et on s’attache aux personnages, aussi désagréables puissent-ils être.

 

 

 

La fille du professeur Sfar et Guibert

©Sfar & Guibert/Dupuis

©Sfar & Guibert/Dupuis

Pour ceux qui aime l’art dans la BD, l’époque victorienne et le romantisme. La momie d’un pharaon tombe amoureux de la fille de l’égyptologue qui l’étudie. Voilà l’histoire toute simple. Illustrée avec un lavis superbe qui traduit très bien l’ambiance pluvieuse et romantique londonienne, on plonge facilement dans cette histoire assez classique finalement malgré la prémisse, mais qui réussi à nous garder en haleine. J’ai appris que l’album avait été réédité dernièrement, donc plus facile à trouver. Un très bel objet qui se lit admirablement bien.

Charly Magda et Lapière

©Magda et Lapierre

©Magda & Lapière/Dupuis

Thriller un peu violent parfois, mais je l’ai lu quand j’étais toute petite et je n’ai jamais été traumatisée… Mais quand même, disons que c’est la série la moins tout public de cette chronique. Charly  reçoit en cadeau de son père le vaisseau du Cap’tain Foudre, son héros de dessin animé préféré. Mais ce jouet est particulier parce que, comme le vaisseau de la télé, il peut voler et tirer un rayon laser… qui tue tous ceux qui veulent faire du mal au jeune garçon. Très rapidement la série évolue et devient plus complexe avec toujours, au centre, ce vaisseau qui tout le monde craint et qui finit par transformer complètement Charly. À noter ici le beau personnage de Catherine, la mère de Charly, une femme avec un courage et une résilience incroyables. Au fil des albums, elle essaie de comprendre son fils et le protège du mieux qu’elle peut, peu importe ce que ça implique.

Je n’ai pas lu par contre les derniers tomes de la série alors que Charly est devenu adolescent et je ne sais pas s’ils sont aussi bons que le reste de la série.

Les démons d’Alexia Ers et Dugomier

©Ers & Dugomier/Dupuis

©Ers & Dugomier/Dupuis

Ce n’est pas une très vieille série mais elle n’est vraiment pas facile à trouver et disparue des écrans radar. Alexia est une jeune exorciste engagée comme stagiaire au CPRS centre de recherche du paranormal qui a comme tâche de protéger le monde des menaces paranormales. Des événements étranges surviennent lors de son arrivée, comme un squelette d’une sorcière de Salem exposé au centre qui commence à reprendre vie. Alexia découvre alors qu’elle n’est peut-être pas tout à fait celle qu’elle pense être. C’est un thriller fantastique de sorcelleries quand même bien documenté, glauque à souhait et qui tient en haleine jusqu’au bout, surtout le premier cycle. La plupart de ceux à qui je propose cette série adorent.

Le privé d’Hollywood Berthet, Bocquet et Rivière

©Berthet & Bocquet-Rivière/Dupius

©Berthet, Bocquet & Rivière/Dupuis

Je pense que j’ai commencé à aimer les récits policiers à cause de cette série. Hippolyte Flynn est un détective privé flegmatique et charmeur à Hollywood dans les belles années ’50. Il doit résoudre des meurtres et crimes auxquels les stars de Hollywood, aussi superbe soit-elles, ne peuvent échapper. Avec un dessin bien glamour et juste assez noir qui colle tout à fait bien avec l’époque et l’ambiance, c’est du polar bien classique et très bien fait. Il n’y a que trois tomes qui ont été édités en intégrale.

Les motards Degotte

©Charles Degotte/Dupuis

©Charles Degotte/Dupuis

Jeux de mots, humour bien classique qui fait mouche, drôle dans le texte comme dans l’image… Comme j’ai aimé cette série étant jeune, et je la relie encore avec plaisir! On suit donc une bande de fanatiques de moto aux caractères tous bien typés : par exemple, celui qui a toujours des accidents, celui qui fait de la vitesse, celui qui s’achète des gadgets, le mécano, etc… et Duhon. Duhon, personnage toujours étonnant au t-shirt expressif, qui parle en pléonasmes et synonymes et qui a le QI d’un pneu tout en faisant preuve d’une certaine sagesse… Juste pour lui, ça vaut la peine d’au moins parcourir cette série.

Ikar Follet et Makyo

©Follet & Makyo/Glénat

©Follet & Makyo/Glénat

Pour les amateurs de fantastique! Nous sommes sur une planète lointaine où les différents peuples barbares sont en féroce guerre. Afin de cesser les hostilités, un prince et une princesse de deux races ennemies s’unissent et ont un fils: Ikar. Ce petit prince de la paix, au sang mêlé jaune, vivra toutes sortes d’aventures dans ce monde peuplés d’êtres étranges. Créatif, fantaisiste, dépaysant, Ikar est une belle petite série où les personnages réussissent à briller même s’ils évoluent dans un monde ou la violence est un jeu. C’est assez spécial comme ambiance!

Entre parenthèses, René Follet est un dessinateur fantastique trop peu connu. Déjà toute petite, j’étais fascinée par ses dessins même si j’étais incapable de lire l’histoire.

Voilà! Ayant très brièvement décrit ces albums et séries tout en espérant leur avoir fait justice, je vous encourage à fouiller par vous-même pour en savoir plus. Bonne lecture!

Idée lecture: S.O.S. Bonheur

J’ai décidé de partager quelques idées de lectures qui font réfléchir, reliées de près ou de loin à l’actualité ou aux enjeux du moment. Étant une grande fan du 9e art, voici pour débuter une bande dessinée dans ce qu’il y a de plus classique que j’ai bien aimé.

S.O.S. Bohneur – Scénario de Van Hamme;dessin de Griffo – éditions Dupuis (collection Aire libre) 1988-1989 et 2005 pour l’édition intégrale.

Nous sommes dans un futur rapproché dans une ville occidentale bien ordinaire.  En tout cas, c’est que j’ai cru comprendre, mais cet aspect n’est pas bien important. Tout semble normal à première vue, mais on se rend rapidement compte qu’un contrôle extrème règne dans ce monde. Et ce contrôle est fait au nom du « bonheur » de la population. La santé est légiférée rendant les contrôles de santé et les séances d’entraînement obligatoires sous peine d’amende et l’alimentation est surveillée au gramme près. Ceux qui ont le privilège de pouvoir écrire ne peuvent imaginer que des histoires joyeuses pour ne pas miner le moral de la population. Les vacances sont organisées au maximum et on y est obligés d’avoir du plaisir sans rien décider. L’autorité est froide et n’a aucune pitié pour ceux qui veulent contrevenir à ce bonheur organisé. Certaines personnes en ont marre et préfèrent « disparaître » plutôt que de vivre une vie toute tracée d’avance.

Le livre est divisé en plusieurs chapitres qui illustrent différents aspects de cette vie hyper contrôlée: les vacances nationales, la carte universelle, le contrôle des naissances, le contrôle de la santé, l’écrivain public… Le point de départ est le récit angoissant d’un homme qui cherche à savoir ce que fait exactement l’entreprise pour laquelle il travaille. Il disparaitra finalement au 16e étage. Cette introduction est directement inspiré du vécu d’un homme que le scénariste a rencontré, la disparition en moins, bien entendu.

J’ai lu pour la première fois S.O.S. Bonheur dans le journal de Spirou qui en assurait la prépublication. Je n’avais pas compris grand chose à l’époque, mais j’aimais bien parce que même si ça allait très mal, il y avait toujours une petite lueur d’espoir à la fin des chapitres. Plus tard, lorsque je l’ai découvert en album, j’ai pu l’apprécier encore plus. Le populaire Van Hamme a construit un scénario solide tout en crescendos qui était d’ailleurs destiné à la télévision au départ. Le dessin réaliste de Griffo se prête très bien à l’histoire et, personnellement, j’adore ses décors urbains et ses atmosphères. Malgré l’histoire plus ou moins joyeuse, ça se lit très bien.

Ce récit d’anticipation marque surtout par son propos. Premièrement, il ne finit pas totalement bien et il donne une grande ouverture pour laisser le lecteur imaginer la suite et faire sa propre interprétation. De plus, on ne peut pas s’empêcher de voir des similitudes avec notre vie actuelle. Heureusement,nous ne subissons pas pour la plupart un contrôle aussi contraignant, mais certaines des situation décrites auraient pu se produire si on avait évolué un peu différemment. Et certaines sont carrément devenue réelles. Je ne veux pas en dire plus, pour laisser le plaisir de la découverte.

On peut y voir une certaine peur pesante caractéristique des années 80. C’est plus rare aujourd’hui; nos récits d’anticipation sont dorénavant plus « catastrophes naturelles » que sociaux. Je crois que ça peut faire du bien de se replonger dans ce genre d’histoire, et pas seulement pour créer une réflexion par rapport à notre société. Nous sommes dans une période de révoltes, les populations du globe grouillent de plus en plus. Un livre comme celui-ci ne peut pas être plus à propos que maintenant. Surtout que la question que l’auteur pose en filigrane à la toute fin est intemporelle et toujours source de réflexion: « qu’est-ce que c’est la liberté, finalement? »

(copyright: Griffo/Van Hamme, éditions Dupuis, 2005)

Non, ce n’est pas Tintin

Beaucoup de jounalistes affirment avoir été inspirés par Tintin dans le choix de leur métier. L’idée de parcourir le monde tout en faisant son travail de reporter est en effet séduisante. Malgré le fait que j’ai lu et relu Tintin dans ma jeunesse avec grand plaisir, jamais il ne m’a donné l’envie de devenir journaliste, tout simplement parce qu’on ne le voit jamais faire son travail! Il m’a donné envie de voyager, ça c’est certain, mais d’écrire dans un journal, non. Malheureusement. Pourtant, ce sont bel et bien des personnages de bande dessinée qui m’ont fait découvrir cette vocation de « reporter ». Deux en particuliers. Laissez-moi vous les présenter.

Elle s’appelle Seccotine.

Seccotine par André Franquin

Seccotine était aussi une marque de colle et c’est ce qu’elle est: un pot de colle. Elle est apparue dans la série Spirou et Fantasio sous la plume du génial Franquin en 1953, une époque où les femmes avaient une place plutôt négligeable en bande dessinée. Elle est journaliste au Moustique, donc concurrente des deux protagonistes de la série. Elle est bougrement fonceuse, n’a peur de rien et est prête à presque tout pour obtenir son scoop. Ses querelles avec Fantasio sont d’ailleurs pièces d’anthologie chez les amateurs de la série. Une femme qui tient tête à un homme avec panache dans les années 50? Absolument. Et c’est une journaliste franchement efficace qui ne lâche pas son bout. Elle n’est pas apparue dans un grand nombre d’albums de la série, mais c’était suffisant pour me faire dire: « wow! Elle a tellement l’air de s’amuser. Ç’a l’air d’un métier passionnant! » Mon premier modèle en journalisme a donc été une blondinette qui se déplace en scooter et qui n’a l’air de rien, mais qui a du chien.

Elle s’appelle Jeanette.

Jeanette Pointu par Marc Wasterlain

Jeanette Pointu a été créée au début des années 1980 par Marc Wasterlain. J’ai voyagé avec elle autant qu’avec Tintin. Elle a couvert des conflit internationaux, a fait le Paris-Dakkar, est allé sur Mars et en Atlantide! Malgré le côté un peu fantaisiste de certaines des histoires, le métier de journaliste était présenté avec plus de réalisme; on voit par exemple les lien qu’il faut tisser avec l’armée et les ONG. On voit aussi que c’est parfois difficile de réussir à interroger certaines personnes. On visite même des camps de préparation où les reporters sont envoyés avant de recevoir leur accréditation pour aller en zone de guerre. Certains albums sont même carrément inspirés de faits réels, comme le conflit en ex-Yougoslavie. Et j’ai appris que c’était un métier cruel. Dans cette série, un caméraman avec qui Jeanette travaille meurt sous des tirs et une scientifique est assassinée. Mais malgré ces côtés sombres, Jeanette réussissait toujours à apporter quelque chose de bien où elle passait et surtout, elle paraissait tellement passionnée par son travail de journaliste.  En revanche, ce qui a fait germé dans mon esprit l’idée que c’est un métier que je pourrais faire, c’est la variété incoryable d’événement que Jeanette couvrait dans ses aventures. Elle a visité des sites archéologiques, des tribus africaines, des pistes de formule 1, et tant d’autres endroits qui semblaient parfois innacessibles. C’était comme si les possiblitiés étaient infinies! Dans la tête une pré-adolescente, ça suffit pour faire naître des rêves.

Comme quoi, la vocation, ça peut venir de vraiment n’importe où, même de personnages de papier. Même si je n’aurai jamais la carrière de Seccotine ou de Jeanette Pointu  je pense que je peux affirmer une chose: j’aime autant ce métier qu’elles semblaient l’aimer dans leurs petites cases.