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Regard sur Émile Cohl – blogueur invité

Une fois n’est pas coutume, je vous présente aujourd’hui sur mon blog un auteur invité. Il s’agit de Charles-Étienne Tremblay que j’ai rencontré dans un cadre professionel. Pour le présenter un peu mieux, Charles-Étienne est chef d’une jeune entreprise (Tregenuity Solutions), chercheur en sciences sociales, en littérature et en éducation. Il est de plus enseignant à tous les niveaux et comédien semi-professionnel. Charles-Étienne Tremblay s’intéresse depuis longtemps à l’influence de certaines fabrications sur les êtres humains. Parmi ces fabrications, on retrouve le cinéma, la caricature et la bande dessinée.Le texte qu’il nous présente aujourd’hui est à propos d’Émile Cohl, un pionnier du cinéma d’animation, pour ne pas dire l’inventeur du dessin animé. Un sujet bien intéressant, j’espère que ce texte saura piquer votre curiosité.

Regard sur Émile Cohl

Par Charles-Étienne Tremblay

Émile Cohl, vers 1910. (crédits: dvdtoile.com)

Émile Cohl, vers 1910. (crédits: dvdtoile.com)

Selon un lieu commun, encouragé autant par le premier que par le second « monde », il y aurait, d’un côté, le « monde » de la télé et du cinéma; de l’autre, le « monde » du théâtre et de la danse. Si vous vous inscrivez à un atelier pour comédiens, ce lieu commun sera de l’ordre de l’indiscutable : « Vous avez fait du théâtre? Mais encore… théâtre professionnel ou amateur? » Si votre réponse est « amateur », honte à vous : vous avez donc adopté des manies, et il vous faut apprendre à vous déprogrammer au plus vite! Or, lorsqu’on regarde du côté des origines du cinéma, au tournant du XXe siècle, on remarque que c’est plus complexe que ce que cela.

De cinéma d’animation à cinéma classique ou hollywoodien

Avant le cinéma dit classique ou hollywoodien, il y a eu le cinéma dit d’animation. Celui qui, selon plusieurs chercheurs français, aurait créé le cinéma d’animation, Émile Courtet (1857-1938), mieux connu sous le surnom d’Émile Cohl (nom de famille prononcé « colle »), est aussi celui qu’on appelle en anglais « the animator », que l’on traduit en français par « cinématographiste ». Il est question d’animation parce que celui qui « anime » fait les films – il est the film maker – et occupe par conséquent tous les postes de la production : il tourne, écrit des scénarios, occupe le poste de machiniste, met en scène et joue même le « rôle » d’électricien en plus d’intégrer le théâtre de marionnettes au cinéma. Avant le début des années 1900, Cohl, un contemporain et ami de Georges Méliès (1861-1938), auteur d’un « Voyage sur la lune » en 1902, a fait de la photo, du dessin sportif et s’est familiarisé avec plusieurs formes de théâtre, dont le vaudeville et les monologues. Il n’est donc pas question de se faire croire qu’un art, une forme ou une méthode ou ensemble de méthodes vaut plus que l’autre – tout doit servir!

Crédits : Justin Alvarez : The 5 Best Films By Georges Méliès – Guernica / A Magazine of Art & Politics

Crédits : Justin Alvarez : The 5 Best Films By Georges Méliès – Guernica / A Magazine of Art & Politics

Pas séparer mais truquer

Tout le travail pour en venir à l’invention du cinéma d’animation, dont les standards ou « trucages » deviendront ceux, améliorés, du cinéma dit classique ou hollywoodien, tout cela est, pour nous, le résultat d’une union, et non d’une séparation, entre les « mondes » du cinéma, de la télé, du théâtre et de la danse : on ne se met pas, comme le comédien sur la scène, au service du texte sans travailler contre le texte – résistance vue comme un indésirable par plusieurs producteurs et réalisateurs de télé et de cinéma : ces derniers, contrairement au comédien, cinéaste et metteur en scène Robert Lepage, ne voient pas une méthode de travail en l’improvisation telle qu’enseignée au Québec depuis sa fondation en 1977 par la Ligue Nationale d’Improvisation (LNI), par exemple. Un « cinématographiste » comme Émile Cohl est plutôt un « truqueur » qui, à l’aide de dessins, décompose le mouvement pour mieux l’unir : il prépare la projection, mais, contrairement à l’acteur, il n’est pas projeté sur un écran – du moins pas complètement : dans certains courts-métrages, dont « Fantasmagorie » (1908), on peut apercevoir sa main.

 

 

Le présent texte s’inspire de la page 190 ainsi que des notes 343 et 344 d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université de Montréal le 19 novembre 2010 : Charles-Étienne Tremblay, Émergence du fumisme dans la production d’un nouvel esprit littéraire, Montréal, Université de Montréal, 2011. Les propos sont tirés des titres suivants : Maillet R., « Émile Cohl cinématographiste, 1857-1938 : exposition commémorant le 50e anniversaire de la mort d’Émile Cohl, pionnier du cinéma d’animation français, du 2 novembre au 11 décembre 1988 », Montréal, Cinémathèque québécoise, 1988, p. 11-12 (article); Courtet-Cohl P. et B. Génin, Émile Cohl, l’inventeur du dessin animé, préf. Isao Takahata, Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes), Omniscience, Publications universitaires romandes, 2008.
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Adaptations BD un peu oubliées

Avec Noël vient Ciné Cadeau, ce rendez-vous du temps des fêtes qui a l’habitude de nous présenter les films adaptés des bandes dessinées de notre enfance. Lucky Luke, Tintin et Astérix sont devenus incontournable pour les grands enfants d’entre nous en ces temps de réjouissances. Cependant, les adaptations sur écran d’oeuvres du 9e art dépassent celles présentées par Télé-Québec. Certaines sont tombées dans l’oubli pour toutes sortes de raisons.

Voici quelques adaptations de bande dessinée cinématographiques ou télévisuelles obscures, étranges ou oubliées que je ressors ici pour le plaisir. À découvrir si vous êtes curieux!

Souce: ina.fr

Souce: ina.fr

Deux romains en Gaule (1967) Téléfilm écrit par Goscinny et Uderzo et réalisé par Pierre Tchernia. Les deux auteurs d’Astérix font aussi une apparition dans le film. Il s’agit de la première apparition d’Astérix et Obélix à l’écran, Astérix étant déjà doublé par Roger Carel. Dans ce téléfilm tous les personnages sont joués par des acteurs sauf le duo de gaulois qui sont en dessins animés. Ça donne un résultat plutôt spécial. On suit un petit garçon de l’époque moderne (donc de 1967) qui rencontre Astérix en révisant sa leçon d’histoire. Les deux romains du titre sont Ticketbus et Prospectus qui décident de visiter la Gaule. Le film présente un mélange de tout ça, je n’ai pas eu la chance de le voir au complet. Ce que j’en ai vu laisse présager que c’est le seul film de cette liste qui soit plutôt bon, quoique loin de la qualité des films suivants. Il s’agit quand même d’une production pour la télévision ce qui implique des petits moyens et un rythme particulier. Ce téléfilm peut être téléchargé sur le site de la INA et je crois bien que c’est le seul moyen de le visionner en entier.

 

Source: allocine.fr

Source: allocine.fr

Le crabe aux pinces d’or (1947) Film tiré directement de l’album de Tintin du même nom. Il a été diffusé uniquement dans un cinéma de Bruxelles, une seule et unique fois, ce qui en fait une petite rareté. On peut difficilement être tiré directement plus que cela puisque le film reprend l’album carrément case par case. Ce n’est malheureusement pas très réussi. Il n’y a pas d’ambiance, le rythme est bizarre; en fait, c’est comme l’album, mais en beaucoup moins bon. Hergé en a été très déçu d’ailleurs. Avec un film tourné image par image avec des poupées, l’effort est quand même louable et je suis certaine que le coeur y était. Le film est, malgré tout, à voir pour tous les admirateurs curieux de Tintin. Le crabe aux pinces d’or a pratiquement une valeur documentaire aujourd’hui compte tenu du phénomène que Tintin est devenu. Il s’agit, rappellons-le, de la toute première adaptation sur écran des aventures du reporter.

 

lucky luke allocinefr

Source: allocine.fr

Lucky Luke (1991) Celui-ci est assez spécial. Je vous présente un film américano-italien tourné en anglais et réalisé par Terrence Hill, qui joue aussi le personnage principal. Là-dedans, Lucky Luke est blond aux yeux bleus et porte un grand manteau blanc. Ce film, dont le scénario s’inspire beaucoup de celui de Daisy Town, est assez surprenant. Le plus gros ennui est que Lucky Luke ne ressemble pas à Lucky Luke, par son physique et son comportement. C’est un problème plutôt important, je le reconnais. Or tout le reste colle très bien à l’univers avec un côté parodique tout à fait fidèle à l’original. J’aime bien la représentation des Dalton, par exemple. Le film n’est pas vraiment bon pour autant, même s’il possède quelques bons moments. Le rythme est lent, l’image n’est pas très belle, les dialogues ne valent vraiment pas les originaux et ce Lucky Luke trop différent de celui de la BD dérange. Par contre, je sais que certains l’aiment beaucoup, donc c’est à voir par vous-même. Ce film est encore relativement facile à trouver et plusieurs d’entre vous le connaissaient peut-être déjà sans l’avoir visionné.

 

Source: premiere.fr

Source: premiere.fr

Fais gaffe à la gaffe (1980) Il s’agit d’une adaptation non officielle de Gaston Lagaffe. André Franquin n’a pas cédé les droits de son personnage pour le film et on le remercie pour ça, parce que malheureusement, le résultat est très décevant. En même temps, quoi de plus étonnant pour une BD dont un des ressorts comiques les plus importants se retrouve dans le dessin. Même si l’adaptation n’est pas officielle, la correspondance avec l’univers de Gaston est flagrante par les personnages, les situations et les objets dont une parodie de Gaffophone et la voiture conduite par G. Oui, là-dedans, il ne s’apelle que G. Ceux qui sont derrière ce film réussissent tout de même à ne pas respecter du tout Gaston et son univers! On se demande parfois s’ils ont bien compris la série. Peut-être aussi qu’ils ont voulu donner une vision différente du personnage, pour une raison difficile à comprendre. Pour vous donner un exemple frappant, le personnage correspondant à De Mesmaeker dans ce film ne se fâche jamais, trouve les gaffes qu’il subit rigolotes et finit par signer le contrat sans problème. Tout le contraire du personnage original! Évidemment, ce n’est pas officiel. On pourrait donc penser que c’est normal que l’univers ne colle pas totalement à l’original. Or, les références à la série sont tellement évidentes que la comparaison est inévitable. Ce film est une vraie curiosité…

 

Mini historique de la BD au cinéma.

source: La Pastèque

source: La Pastèque

Demain le 18 septembre sortira sur nos écrans Paul à Québec, une adaptation de la bande dessinée de Michel Rabagliati que j’irai sans faute voir. C’est un moment somme toute important pour la bande dessinée québécoise. Il s’agit, à moins que je ne me trompe, de la première adaptation en prises de vue réelles d’une BD d’ici. Cela m’amène à parler des adaptations de BD au cinéma, car ailleurs dans le monde, la chose existe depuis longtemps. Voici un bref retour en arrière pour vous montrer à quel point le phénomène est relativement ancien.

La BD et le cinéma sont deux arts qui ont pratiquement le même âge, les deux étant appararus à la fin du XIXe siècle. La plus ancienne adaptation que j’ai pu trouvé date donc de cette époque des débuts. Il s’agit de Little Nemo, un dessin animé muet sorti sur les écrans en 1911. La bande dessinée américaine Little Nemo a été créée par Winsor McCay en 1905. Si on regarde plus précisément l’adaptation en prises de vue réelles, la plus ancienne remonterait à 1936 avec Flash Gordon, film tiré du comics de Alex Raymond créé en 1934. Il s’agissait d’un sérial mettant en vedette Buster Crabbe dans le rôle titre. Du côté Franco-Belge, le premier héros à avoir vu ses traits passer sur le visage d’un acteur est une héroïne. C’est en effet Bécassine qui fut adaptée la première en 1940. La jeune Bretonne créée en 1905 et dessinée par Joseph Pinchon était interprétée par Paulette Dubost. Même la famille Fenouillard qui est une BD bien plus acienne remontant au XIXe siècle a été adaptée plus de 20 ans plus tard, dans les années 1960. Du côté de la BD japonaise, les adaptations sont beaucoup plus récentes. Cyborg 009 de Shōtarō Ishinomori aurait été la première adaptation en 1966. La première adaptation en prises de vues réelles date de 1970: Harenchi Gakuen tiré du manga de Go Nagai et ce n’est pas du tout pour les enfants, ce qui explique l’absence d’image.

Little Nemo - 1911 - Roses

Little Nemo. Source: AlloCiné

 

Flash Gordon. Source: Wikipedia

Flash Gordon. Source: Wikipedia

 

Bécassine. Source: cinema-francais.fr

Bécassine. Source: cinema-francais.fr

 

Cyborg 009. source: anime-planet

Cyborg 009. source: anime-planet

Quelles sont les BD les plus adaptées au cinéma? Du côté Franco-Belge, c’est Astérix le vainqueur avec 9 films d’animation et 4 films en prises de vue réelles (le Gaulois bat le record aussi à ce niveau-là). Du côté américain, si on compte les serials des années 1940, c’est Batman le plus adapté. Deux serials en 1943 et 1949, un film tiré de la série télé en 1966 et 8 films sortis de 1989 à 2012. 11 films au total donc pour l’homme chauve-souris. Je n’ai compté ici que les métrages en prises de vues réelles. C’est donc une histoire déjà bien entamée, mais qui ne fait que commencer pour la BD québécoise. Je suis en effet certaine qu’on verra de plus en plus les dessins de chez nous s’animer au cinéma, que ce soit en animation ou avec des acteurs.

 

*Ces informations ont été trouvées au terme de mes propres recherches. Si jamais je me suis trompée, je m’en excuse. Je serai ravie de corriger et de transmettre ainsi des informations exactes.*

 

 

Délicieux navets

Je partage ici un article d’Émilie Folie-Boivin très bien intitulé « La revanche des navets » et paru dans Le Devoir la semaine dernière, le lendemain des prix Aurore qui récompense, comme on le sait, le meilleur du pire du cinéma québécois de l’année. Il s’agit en fait d’une petite réflexion sur ces films si mauvais qu’ils en deviennent bons. Le chroniquer cinéma de Radio-Canada, Michel Coulombe dit avec raison que pour que ça marche, le film doit en faire trop (The rocky horror picture show en est un exemple). Je rajouterais qu’il y a sûrement toujours quelqu’un dans l’équipe de création du film qui y croit énormément et c’est ça qui donne son aspect si assumé qui le rend encore meilleur.

L’article soulève aussi le fait que si les États-Unis sont un terreau fertile de ce genre de films (comme en fait foi la petite centaine de films de requins qui existe), le Québec « cultive peu ses navets », comme le dit si bien l’auteure de l’article. Parce que ces mauvais films deviennent parfois des films-cultes. Showgirls et The rocky horror picture show ont des fans et sont encore représentés en salle annuellement. Certains films québécois de toutes les époques ont un certain potentiel et sont même peut-être devenus cultes dans des cercles fermés d’amateurs qui en font des visionnement chez un particulier, qui sait!

Bien qu’il y a certaines personnes qui aiment plus les mauvais films que d’autres, on a tous un navet qu’on aime tellement il est mauvais. Dans les films québécois, je n’ai pas encore vu beaucoup de mauvais films, mais j’avoue que Ding et Dong, le film est un vrai plaisir coupable pour moi. Il faudra que je me rattrape, parce qu’il y a des petites perles apparemment. Dans le cinéma en général, mon mauvais film préféré est The Room (2003) qui est, à mon avis, un chef d’œuvre de mauvais. Il mériterais même d’avoir son propre article sur ce blog, tient! J’en reparlerai peut-être un autre jour, car c’est véritablement un ovni, même dans le monde des mauvais films, surtout grâce à  son auteur, réalisateur et acteur principal: Tommy Wiseau.

Et vous, avez-vous un mauvais film préféré? En attendant, vous pouvez lire les préférences des différents chroniqueurs dans l’article.

http://www.ledevoir.com/culture/cinema/403190/cin

Si le sujet vous intéresse, je vous invite à visiter la page de Douteux, un OSBL très sérieux d’archivage, de protection et de diffusion d’œuvres cinématographiques discutables. http://www.douteux.org/

Le bon vieux temps…

Je suis foncièrement nostalgique et jusqu’à dernièrement, je croyais que c’était un défaut. J’étais persuadée que ce n’est pas une bonne chose de rester dans le passé, qu’il fallait regarder vers l’avant! Mais je n’y peux rien, j’aime repenser au passé. Je suis nostalgique de la vie avant que l’informatique ne prenne toute la place, mais aussi de ce qui faisait partie de notre culture. J’ai la nostalgie de ces moments, des émissions jeunesses qu’on avait, de la musique tellement meilleure, de la vie qui semblait bien moins compliquée… C’est simple, tout était meilleur dans le bon vieux temps! Il y avait la guerre du golfe, une crise en URSS, une récession, mais on s’en fiche: c’était meilleur! En tout cas, c’est l’impression qu’on a n’est-ce pas ? Car, je ne suis pas la seule à penser ainsi, même que c’est la mode. Le web, entre autres, semble être un nid de nostalgiques chroniques comme moi.

On voit apparaître un peu partout la « nostalgie médiatique », c’est-à-dire un retour à ce qui était dans nos télés, nos postes de radio et sur les grands écrans il y a quelques décénies.

Le Joueur du Grenier, une vedette du Retro-Gaming en France.

Il y a tout d’abord le Retro-Gaming, critiquer les anciens jeux vidéos (la plupart du temps mauvais) de l’Atari 2600 au premier Playstation. On en trouve pratiquement partout sur le web. Tout le monde semble vouloir ressortir son vieux Nintendo et sa collections de cassetttes.  Il y a ensuite la renaissances d’anciennes franchises de télé ou de cinéma. Les exemples abondent, mais les derniers sont la suite des Mystérieuses Cités d’Or et de Dallas. La présence de chaînes comme Télétoon Rétro et Prise 2 parle aussi beaucoup. Il y a aussi les reprises musicales qui sont de plus en plus nombreuses. Il y a même une catégorie « reprises » au gala de l’ADISQ maintenant, ce n’est pas rien! Encore ici, les exemple sont très nombreux et ils commencent avec l’album de reprises 70’s de Sylvain Cossette. Cette épidémie de nostalgie n’est pas le cas de tout le monde, évidemment. Comme c’est un phénomène très présent sur le Net, on a toutefois l’impression qu’il prend énormément de place.

Bref, on commence de plus en plus jeune à dire « c’était mieux dans mon temps ». Le bon vieux temps, maintenant, ce sont les années 80. Et je trouve que ça suscite la réflexion.

Car, on ne parle pas seulement de réécouter des films ou de la musique passée, ce qui est tout à fait normal (il faut connaître ses classiques, après tout). Le discours est clair et  maintenant tenu par les jeunes autour de 30 ans: c’était mieux avant. On critique des choses sorties il y a plus de 25 ans, on s’habille comme dans les années 60, on rechante plus que de raison des chansons que nos parents et nous-même plus jeunes écoutions…

En soi, il n’y aucun problème, mais si ça devient un phénomène de société, il y a de quoi se poser des questions… Je me demande si ça ne traduit pas une certaine fatigue de notre époque. On dit souvent que nous vivons dans une ère de stress et de performance. Est-ce que se remettre dans le bain des années passées est une manière de se réconforter? Je me demande si il n’y a pas un rejet de certains aspects de notre époque, un découragement. Doit-on y voir un signe que notre époque n’offre rien d’encourageant et qu’on a perdu le goût de regarder vers l’avenir? Une autre questions plus inquiétante se pose aussi: avons-nous si peu confiance en ce que nous sommes capable d’accomplir que nous devons sans cesse nous reposer sur des choses qui existent déjà?

Aussi, je suis la première à trouver que tout est allé très vite ces dernières années technologiquement et culturellement; certains d’entre nous ont peut-être besoin de se centrer sur quelque chose de connu pour absorber tout cela ce qui n’est pas une mauvaise chose si ça nous permet de mieux avancer.

Pour les vrais nostalgiques, on peut même couvrir son iPod ou iPhone d’un étui à motif de manette de NES ou de cassette audio.

Je me pose des questions, mais je n’ai pas les réponses. Un sociologue y verrait sans doute plus clair que moi et me dirait que j’invente des problèmes où il n’y en pas.

N’oublions pas, je suis moi-même une nostalgique maladive et je serai sans faute devant mon écran à regarder la nouvelles mouture des Cités d’Or. Par contre, je reste malgré tout réaliste. C’est triste, mais on ne peut pas revenir en arrière. Rien ne nous empêche de faire découvrir à nos enfants nos perles du passé en plus de ce qu’ils connaissent déjà. Mais j’espère en même temps que des éléments culturels tout à fait originaux et d’une grande qualité feront partie des années 2010 pour que la prochaine génération puisse dire à son tour dans quelques décénies: «comme c’était bien dans notre bon vieux temps!»