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Éducation: des conflits d’un océan à l’autre

Ces temps-ci, l’éducation n’est pas à son meilleur au Québec. Un article récent du journal Le Soleil nous apprend que le Ministère de l’Éducation baissera de nouveau ses exigences pour les corrections des examens du Ministère. En français comme en mathématiques, il sera désormais beaucoup plus facile pour les élèves d’avoir de bonnes notes. Les enseignants ne sont pas tout à fait d’accord avec ces nouvelles exigences. «Ça n’a pas de sens! Les critères de correction diminuent d’année en année, on baisse les exigences», a réagit l’une d’entre elle, selon l’article. Les réactions sont donc nombreuses du côté des enseignants qui déplorent ce nivellement par le bas.

Lire l’article de Daphné Dion-Viens

 

Or le Québec n’est pas la seule province canadienne a connaître des problèmes avec son système d’éducation. Kelly McParland du National Post décrit trois autres provinces aux prises avec de sérieux conflits. Il s’agit d’un billet et Mme McParland énonce clairement son opinion. Néanmoins, elle dresse un tableau inquiétant de l’éducation au Canada.

Colombie-Britannique

Le gouvernement libéral de la province a menacé les enseignants qui ne voulaient pas accepter leur nouveau contrat de travail de 10 ans de diminuer leur salaire de 5%. Évidemment, les enseignants ont poursuivi le gouvernement, car cette mesure semblait totalement anticonstitutionnelle. Les enseignant ont sans surprise remporté le procès à deux reprises puisque le gouvernement avait répliqué à la suite de la première poursuite. Le gouvernement jette maintenant le blâme sur les enseignants puisque à causes de ces poursuites, la province a perdu des millions en fonds publics. Comme si tout cela n’était pas assez, après d’autres provocations du premier ministre de la province, les enseignants commenceront une grève tournante la semaine prochaine.

Alberta 

400 délégués de l’Association des enseignants de l’Aberta ont voté unanimement qu’ils avaient perdu confiance envers le ministre de l’éducation, Jeff Johnson. La raison de cette levée de boucliers? Un nouvelle initiative du Ministère de l’Éducation suggère une évaluation des enseignants à tous les 5 ans. Si un enseignants échoue cette évaluation, il se voit retirer son brevet d’enseignement. De l’autre côté, cette même initiative permettrait à des professionnels de différents milieu de pouvoir enseigner sans formation en éducation. Les enseignants se sont senti attaqués directement par ces mesures. De plus, le curriculum scolaire vient d’être  réécrit et le nouveau programme basé sur le « discovery learnig » révolte de nombreux enseignants qui y voient un déclin futur au niveau de l’apprentissage. Cette réaction ressemble un peu à ce qu’on a connu ici avec l’instauration du programme de l’enseignement par compétences.

Ontario

Chez nos voisins Ontariens, les relations ne sont pas plus belles entre le gouvernement et les enseignants. L’histoire est cependant un peu plus compliquée. Tout d’abord, en pleine campagne électorale, le chef du parti Conservateur Tim Hudak promet d’augmenter la taille des classes, de couper dans le personnel de soutient et d’éliminer les hausses de salaire des éducateurs à la petite enfance. Entre autres choses. Rien pour s’attirer la sympathie des enseignants, mais avec ces mesures, il promet de grandes économies pour la province. Le problème est que ça ne va déjà pas bien pour les enseignants. Leur salaire est gelé depuis plusieurs années et le gouvernement libéral de Dalton McGuinty avait fait passer une loi interdisant la grève et imposant les nouveaux contrats. Les choses ne se sont pas améliorées sous le mandat de Kathleen Wynne. Pour résumer la situation, la bureaucratie est extrêmement lourde et le milieu est de plus en plus politisé. Les enseignants ne sont plus capable de se concentrer sur leur classe et leur travail tant ils sont confrontés aux incessantes demandes venant de toutes parts: parents, commissions scolaires, administrateurs, bureaucrates, etc. La situation est très tendue dans cette province; les syndicats et le gouvernement ne semblent avoir aucun espoir d’entente et les élèves ne sont jamais dans l’équation, seulement le bénéfice.

Lire le billet de Kelly McParland pour tous les détails de ces différentes situations.

Nous avons donc ici l’exemple triste de quatre provinces où les enseignants et le Ministère de l’Éducation ne sont pas du tout sur la même longueur d’onde. Je me permets ici de reproduire la conlusion à mon avis très juste de l’article. « It’s likely to continue as long as Canadians remain convinced they know more about education than the educators and support politicians who see teachers and their unions as a rich field for reaping votes« . Autrement dit, cessons de voir l’éducation seulement comme un enjeu politique et faisons confiance aux enseignants. Après tout, ce sont eux les experts en éducation.

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Les sciences et les jeunes: la suite

Un article dans La Presse a attiré mon attention. On y apprend que les jeunes se seraient désintéressés des sciences.

Dans ce billet à propos du 30e anniversaire des Débrouillards, je souhaitais que les jeunes continuent d’avoir de l’intérêt pour les sciences pour toutes sortes de raisons. Il semblerait que ce ne soit pas le cas et c’est bien dommage. Dans l’article, on mentionne un autre aspect que je n’avais pas souligné : «Au Québec, le secteur des sciences naturelles et appliquées est celui qui connaîtra d’ici 2018 la plus forte croissance d’emploi.» Une autre très bonne raison de s’inquiéter de la situation!

L’article: Désintérêt des jeunes pour les sciences: les commissions scolaires inquiètes

On mentionne dans cet article que les enseignants ne seraient pas à l’aise dans l’enseignement des sciences. Ça ne devrait pas être le cas. Je me demande si ce problème ne vient pas tout simplement de la formation des enseignant.

Il me vient tout d’un coup un souvenir. J’ai eu pendant mon baccalauréat en enseignement un professeur de didactique des sciences tout à fait formidable: Marcel Thouin. Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais à moi et certains de mes collègues, il nous a vraiment donné le goût d’enseigner les sciences. Il nous montrait une façon de le faire claire et efficace (partir des conceptions de départ que les élèves ont des phénomènes scientifiques) tout en nous proposant des activités vraiment intéressantes et simples. Sans compter ses livres qui sont une vraie mine d’or! Mais le plus important, c’est qu’il nous a aussi fait comprendre les concepts plus compliqués et nous a donné l’envie de nous intéresser aux sciences. Je souhaiterais que tous les enseignants aient pu l’avoir lors de leur formation. Car il nous a montré que ces notions avaient tout à fait leur place dans le cursus scolaire aux côtés du français et des mathématiques.

Il faut des profs intéressés pour que les élèves le soient. Cela va de soi!

Une entrevue avec M. Thouin à l’Actualité datant de quelques années, mais toujours pertinente. On y fait le lien entre l’enseignement des sciences et le décrochage scolaire des garçons: Ne tuez pas Einstein!  Une autre raison de s’inquiéter de ce désintérêt?

Bulletin unique: les premières réactions se font entendre

Dès juillet prochain, un nouveau bulletin uniformisé entrera en vigueur dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec. Ce bulletin unique conçu par le Ministère de l’éducation, des loisirs et du sport est prévu pour simplifier la communication aux parents. Selon le Ministère, il sera plus clair, plus concis et il présentera les information essentielles concernant l’élève. Mais ce bulletin comporte aussi un changement majeur. En plus des compétences, les enseignants devront dorénavant évaluer les connaissances de leurs élèves. C’est un changement important qui suscite plusieurs réactions dans les milieux éducatifs des Îles de la Madeleine.

La Commission scolaire des Îles (CSÎ) juge que le retour à l’évaluation des connaissances présente un défi important pour les enseignants. Selon Isabelle Gilbert, directrice des services éducatifs à la CSÎ, beaucoup d’enseignants ne sont pas préparés à ce type d’évaluation, surtout au primaire. « C’est très difficile de bien former les enseignants en deux ou trois mois », déplore Mme Gilbert. L’adaptation du matériel scolaire et les grilles de correction constitue un défie encore plus grand, selon la CSÎ. C’est un processus qui demandera du temps et de l’énergie. « Ce n’est pas facile pour une petite commission scolaire comme nous, alors nous avons demandé de l’aide d’autres commissions scolaires, mais elles sont toutes devant le même problème. »

En revanche, l’outil en soi est plutôt bien reçu à la Commission scolaire. Isabelle Gilbert précise en effet qu’il y a un besoin pour un bulletin uniformisé, entre autres pour faciliter la transition des élèves lorsqu’ils changent d’école.

Mécontentement du côté du syndicat des enseignants

Le Syndicat de travailleurs de l’éducation de l’Est du Québec (STEEQ) a aussi fait connaître son avis sur ce nouveau bulletin. « Pour un bulletin unique, ça prendrait un apprentissage unique. Ce n’est pas le cas présentement » explique Dany Déraspe, enseignant à la Polyvalente des Îles et conseiller de territoire du syndicat. M. Déraspe précise que ce sont les enseignants qui décident de connaissances à évaluer. En conséquence, même si le bulletin est uniformisé, l’évaluation peut être très différente d’un enseignant à l’autre. D’autres irritants majeurs ont été soulevés par le STEEQ. Par exemple, les enseignants devront évaluer plus de matières et de compétences par étape. C’est un changement qui représente un travail plus complexe, surtout pour certains enseignants spécialistes qui ne voient les élèves qu’une fois par semaine.

Le retour de la notation chiffrée

Le Ministère a choisi de revenir à une notation chiffrée plutôt que des lettres et cette initiative fait quant à elle, bien des heureux. « Il y a eu beaucoup de pression de la part des parents pour revenir à des notes », souligne Dany Déraspe. Cette pression a selon lui eu un certain impact sur ce changement de cap du Ministère. La CSÎ applaudit aussi cette décision de laisser tomber la notation en lettres. « Il y avait beaucoup trop d’écart entre les notes. Si on transfère d’un pourcentage à une lettre, il pouvait y avoir huit points d’écart entre un A et un B, par exemple », fait remarquer Isabelle Gilbert.

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Article publié dans Le Radar Vol. 42 No 25, semaine du 30 juin 2011.